Le protagoniste, d’abord anonyme, est un homme solitaire, voué aux livres, au silence et à la contemplation. Dans sa chambre trône un moulage de visage grec, « la Régente », posé au sommet de sa bibliothèque comme une souveraine muette. Toute sa vie intérieure se déroule sous son regard.
Un jour, au Jardin des Tuileries, il découvre la statue d’une matrone romaine, Véturie, mère de Coriolan. Dès lors, sa semaine s’organise entre deux présences : la Régente, qui règne sur son intérieur, et Veturia, qu’il va visiter chaque vendredi, jour de Vénus, et toujours « par le côté du Jeu de Paume ». Devant elle, il lit Horace ou Virgile en latin ; la statue semble respirer au rythme de ses visites, et Coriolis, car tel est le nom qu'il se donne, commence à écrire un roman dont elle devient la destinataire. L’écriture est pour elle une seconde vie : tant qu’il écrit, elle vit.
Mais Manon, maîtresse jalouse et blessée, se sent reléguée « aux marges ». Rivale de la pierre, elle tente d’imiter la statue, en vain. Peu à peu, sa jalousie se tourne vers les objets : le Double (un moulage de plâtre) se pulvérise, le Visage grec tombe et se brise. Finalement, elle découvre le manuscrit et, prise de rage, le jette au feu. Ce geste équivaut à une mise à mort. Privée de l’écriture qui la faisait vivre, Veturia se mure dans le silence.
Coriolis, désormais incapable d’écrire, se réfugie dans le rêve. Une nuit, il rêve que Veturia descend de son piédestal et s’incarne. Ce songe, qui accomplit le mythe de Pygmalion, transgresse pourtant l’interdit du roman. En effet, implicitement, donner chair à la pierre revient à souiller l’idéal. La faute est consommée.
Le vendredi suivant, la statue a disparu : « Statue retirée pour restauration. » Coriolis part alors en quête. Sa recherche aboutit dans un recoin obscur d’un atelier. Les fragments de la statue reposent en caisses comme dans un tombeau. La tête, juvénile et douloureuse, attend « non la visite de l’amant, mais le ciseau du restaurateur ». Coriolis sort des Tuileries par le côté du Jeu de Paume.
Le roman se ferme comme il s’était ouvert, mais ne subsistent que le vide, la trace, un amour désormais sans objet.