Cette préface, rédigée par Jean de Palacio pour son premier roman, La Haire, éclaire rétrospectivement l’ensemble de son œuvre narrative par la formulation de principes esthétiques et existentiels qui traverseront ensuite toutes les novellas.
Jean de Palacio y affirme d’emblée son refus du roman réaliste et psychologique, ainsi que de toute conception préméditée de l’intrigue. Comme il le disait fréquemment à ses proches, les figures qui peuplent le récit naissent d’elles-mêmes et finissent par échapper à leur auteur. Leur définition comme « ombres, impondérables et sans consistance » est également celle qui fonde notre humanité, ce que ce grand amateur de Vanités aimait à rappeler devant le spectacle de la forfanterie si répandue.
La préface est également décisive pour la compréhension du nom de Fénestène. Ce nom associe explicitement l’apparence et l’essence, et inscrit dès l’origine la tension fondamentale entre masque et vérité, double et identité, corps et âme. Le fait que Fénestène soit mentionné ultérieurement dans Veturia confirme que c’était là le pseudonyme essentiel de l’auteur.
Enfin, Jean de Palacio y assigne à la musique un rôle central. Définie comme une apparence pure, détachée des asservissements du corps, elle est le lieu où la voix subsiste sans visage (cas de Claire Destrelles dans La Haire), où l’âme s’exprime sans s’incarner.
À ce titre, cette préface mérite d’être lue comme un texte théorique à part entière, qui éclaire rétrospectivement la grande cohérence du cycle des novellas, bien au-delà de ce premier roman (car contrairement à ce que la grande modestie de Palacio assurait au terme de ce prologue, il y eut une suite, et c’est tant mieux…)